Demi-finale du Championnat de France de Rugby, le Top 15. Oui Boudjellal ne savait plus quoi faire de tous ces joueurs (qui a dit son pognon ?) et a monté une nouvelle équipe, puis a ensuite convaincu la ligue d’élargir le championnat …

Il reste 5 minutes à jouer…

Le Stade est mené de deux points…

(Oui, ça fait peur !)

 

« Merde Guy, là ça sent mauvais pour nous. Nos gonzes sont infoutus d’aligner deux passes correctement, je vois pas comment s’en sortir ! »
Depuis son siège, le Grand Manitou se hisse péniblement s’aidant de sa canne, supporté par les bras musclés de Yannick Bru.
« Ecoute petit, dit-il, des demi-finales, j’en ai tellement gagné, que maintenant, j’en ai rien à secouer. Fallait pas me reléguer à la table du troisième âge au dernier repas. Tant pis pour toi. »

Jean-Ba fait les 100 pas devant son banc de touche. Il ne reste que des jeunes du centre de formation ou des types toujours à moitié éclopés, foutus doublons disait Guy. Pas question de faire des changements, de toute façon il ne reste que 2 minutes.
On imagine déjà les gros titres le lendemain matin dans l’Equipe... ah non, le Midi Olympique : Une ère révolue, le Stade Toulousain n’est plus. Des poètes ces journalistes…

Rapide analyse : Médard n’avance plus depuis l’année dernière déjà, Doussain est parti en filou à Toulon, et le président refuse d’aligner les ronds pour recruter des avants. Parce que c’est pas au centre qu’on va en trouver, depuis que Barcela est parti, on en a plus un qui veut y foutre la carafe. Et ne me dites pas qu’on n’a pas de budget, j’ai encore vu les actionnaires faire un cap’s avec les quilles de champagne la semaine dernière…

Plus qu’une minute. L’ouvreur adverse tape un grand coup de pompe dans le ballon qui semble sortir en touche. Janbafenoureve, le nouveau fidjien, se jette pour empêcher le ballon de sortir, et d’une superbe claquette renvoie le ballon sur le terrain. Malheureusement, en tombant, il se décalque l’épaule, rien que le bruit c’est pas joli à entendre. On pourrait presque se demander s’il ne s’est cassé que la clavicule. Et ça crie, et ça pleure, mais en attendant pas de solution. Les supporters adverses en profitent pour lancer une ola, on croirait presque qu’ils saluent la blessure du pauvre martyr.
Et c’est alors qu’il a l’idée… Elissalde sort de sa zone technique, et appelle le kiné. Surement pour gagner du temps, personne ne pourra rien faire pour l’épaule/bras/coude/tête du fidjien.

« Dans ta mallette, tu dois bien avoir une paire de ciseaux, non ? »

« Désolé Monsieur Elissalde, mais il est hors de question que je lui coupe le bras. Pas mon boulot. »

« Dis pas de conneries, découpe mon survêt, que ça ressemble à un short. » ajoute t-il en faisant signe à Bézy de s’approcher.

Les supporters n’entendent rien de ce qui se trame sur le bord de la pelouse, mais ils ont compris. La ola s’est figée, plus un son dans l’enceinte, même Mathieu Lartot a posé son micro.

« Donne moi ton maillot, assis toi sur le banc, et prends quelques notes. J’en ai pas pour longtemps. »

Il rentre sur la pelouse, et vient se positionner derrière le regroupement qui s’est malheureusement constitué juste sur  ce fidjien malchanceux qui n’en finit plus d’implorer de l’aide.

« Me revoilà, les enfants. »

Alors qu'un hallelujah divin résonne, le public explose de joie, des scènes de liesse prennent vie un peu partout, dans les gradins, devant les téléviseurs et Bouscatel vient de trouver une nouvelle idée de t-shirt. 40€, Jean-Ba’s back en lettres d’or, juste sous la célèbre virgule.

Médard, entre pleurs et sourires, fait de grands signes sur l’aile droite. JB ramasse le ballon, mais ne lève pas la tête, pas besoin.  Il feinte la passe petit côté, tout le monde a mordu et Michalak, devant son poste à Durban vocifère : « c’est mon mouvement ça ! ». Il repique au centre, et d’un extérieur pied droit délivre une transversale brossée au millimètre dans les bras du Dick Rivers toulousain, à dix mètres de la ligne des 22. Celui-ci accélère, se fait plaquer et dans la panique, les défenseurs plongent dans le ruck. Pénalité.
Les supporters n’en croient pas leurs yeux, les nostalgiques de l’époque en pleurent, en criant allègrement « J’vous l’avais dit qu’il reviendrait ! Nos prières n'étaient pas vaines. JeanBa revient, JeanBa revient parmi les tiens.». Novès commence à convulser et demande aux petits jeunes sur le banc de prendre des notes. Bézy gribouille son cahier, les yeux ronds comme des billes.  Les commentateurs crient au scandale et se repassent l’action au ralenti une dizaine de fois. L’arbitre demande la vidéo, mais les nouvelles règles stipulent qu’à partir du moment où un joueur se blesse, il peut être remplacé sur le champ. C’est la LNR qui doit se les mordre maintenant.

On est à 35 mètres en coin. Pas facile, d’autant plus que le vent d’Autan s’est levé, monté à Paris lui aussi pour assister au retour de l’enfant prodigue. JBE ordonne qu’on lui apporte son tee. Il pose son ballon, prend deux pas d’élan et se concentre. Soudain, il regarde son équipe et dit :
« Regardez papa faire, je serais pas là à tout les coups pour vous sauver la mise ».

Jean-Ba s’élance, caresse doucement le ballon de son pied magique, et la gonfle s’envole au gré du vent dans un ballet magistral entre les poteaux adverses. Explosion de joie côté Toulousain. JBE refuse de se laisser aller aux jovialités de mise, rassemble ses joueurs et leur dit :
« Séance vidéo dans 30 minutes. Aucun absent. » puis s’en va dans la pénombre du couloir du Stade de France, ses pas résonnant dans les vestiaires qu’il connaît si bien.
La magie est revenue ce samedi soir dans les rangs toulousains, et les étoiles du maillot se reflètent désormais dans les yeux humides des supporters.

Il est de retour, notre sauveur !

 

F.M & S.K, la larme à l'oeil.