Beaucoup connaissent M.Boudjellal pour ses frasques et sorties médiatiques, qui ont, si ce n’est révolutionné, en tout cas bousculé le petit monde tranquille de l’Ovalie. Mais avant ça, ce monsieur éditait des bandes dessinées, et certaines très bonnes. Keposport vous propose une des histoires qu’il aurait pu mettre en images, mais qu’il a préféré vivre. Récit (presque) vérité.

Un matin de mai 2006, le jeune Mourad s’ennuie ferme dans sa petite chambre exigüe, plantée au sommet d’une tour de béton. Il a lu et relu toutes ses collections de bandes dessinées mais le désœuvrement le guette.  Lui aussi voudrait vivre des aventures comme ses héros, combattre les armées de vilains entouré d’une équipe de vaillants gentils. Mais voilà, rien de bien palpitant ne s’annonce à l’horizon. Las de parcourir les pages qu’il connait maintenant par cœur, il enfile son sweat à capuche et décide d’aller se promener à la recherche d’une épopée pleine de rebondissements.

Il traverse le parking, l’aire de jeux, arpente les vieilles rues du centre ville jusqu’au port mais reste bredouille. Aucune jeune femme en détresse, pas d’horribles créatures attaquant la ville, pas même un magicien mal intentionné. Fatigué, il arrête sa promenade dans un troquet qui renifle le café moulu et la bière trop chaude. Et enfin, il trouve de l’animation, pas tout à fait ce qu’il attendait mais les quelques clients de l’établissement semblent bien agités. Agglutinés derrière un poste de télévision ridicule, ils vocifèrent des protestations incompréhensibles et Mourad ne tarde pas à s’enquérir de la raison d’un tel énervement.

« C’est les rugbymons là ! Qu’est ce qu’ils sont mauvais ! »

« Des rugbymons ? »

« Mais oui Mourad, t’en prends plein et tu les fais jouer ensemble. Et ensuite tu vas  te tirer la bourre avec d’autres équipes, à Toulouse ou Paris. »

 

Voilà ce qu’il attendait ! Mourad s’était enfin trouver un défi à sa mesure. Il allait devenir le plus grand dresseur de rugbymons que la France n’est jamais connu. Et pour se faire, il lui faut d’abord en trouver un, un fidèle compagnon. Il pianote alors sur son ordinateur à la recherche d’informations et après quelques heures, il semble satisfait. Umagachu, qui appartient à la famille des Blacks. Ce type de rugbymons n’a pas de faiblesse particulière connue à ce jour, exactement ce dont il a besoin. Quelques jours après avoir effectué sa commande sur Internet, et joint un versement conséquent, le facteur vient remettre un gros paquet chez Mourad. Umagachu est arrivé, la première étape est réussie !

La deuxième sera de se rendre dans la papeterie du coin de la rue pour approfondir ses connaissances sur ce monde si vaste. L’aimable commerçante lui propose un album Panini. Ca ne lui dit absolument rien, mais ça semble l’outil parfait pour l’aider à collectionner tous ces rugbymons. Un seul credo maintenant, les attraper tous !

Motivé comme jamais, il se lance alors dans l’aventure et capture de bien beaux spécimens, Matfield, Gregan ou encore Merthens. Du coup, entouré de sa toute nouvelle équipe, il remporte tous ses combats et accède à la cour des grands. Mais s’occuper de tout ces rugbymons, ça le botte pas trop, lui ce qu’il préfère, c’est les attraper. Et là encore, il va trouver la réponse dans son album, où il est question d’un certain Philippe Saint-André. Qu’à cela ne tienne, il le capture aussi, pour s’occuper de toutes ces bestioles.  Il fait alors le tour de toutes les arènes du pays, tel un montreur d’ours, pour nous laisser admirer ses merveilles, récupérées après des luttes acharnées et ils remportent encore quelques affrontements.

On parle enfin de Mourad, et même si les gens ne sont pas vraiment d’accord, il est bien sûr d’être le meilleur dresseur de rugbymons de France.  Il en a une sacrée collection, des plus féroces au plus mignons, et forcément ça fait des jaloux. Il lui en manque pourtant un, qui a l’air super balaise, Bastaroc. Et Mourad connait quelqu’un qui le possède, mais impossible de lui acheter ou même de l’échanger. Pourtant, il est persuadé qu’avec lui, son équipe aurait de la gueule et pourrait aller à Paris, comme lui disait le client du café. C’est donc le moment d’un combat, contre celui que l’on surnomme Bernie le Fou, bien décidé à conserver son rugbymon. Mourad lance une belle attaque, le genre d’attaque avec plusieurs zéros derrière, mais l’adversaire a du répondant. Ni une, ni deux, Bernie se protège grâce à son pouvoir FACEM. Raté, et Mourad en profite, utilise la technique dite de la table de chevet, puis voyant son opposant affaibli, il lance sa rugbyball. Bastaroc a choisi son camp et s’est fait à l’idée de jouer dans cette nouvelle équipe. Oui mais Bernie c’est pas un tendre, et il s’accroche alors que Mourad s’apprêtait déjà à coller la dernière vignette dans son album. Pas du jeu !

 Décidemment, le monde des rugbymons est vraiment compliqué. Si simplement quelqu’un avait pu lui expliquer qu’un bonhomme en short-crampon qui court après un ballon ovale, on appelle ça un rugbyman…

 

S.K.