Petit rappel des faits : Le 21 juillet dernier, Alberto Contador est contrôlé positif à la clenbutérol, un produit dopant. Bon Wikipedia nous apprend que ce produit est prescrit pour les affections respiratoires chez le cheval de course. Alberto n’étant pas un canasson (quoique nous ne sommes pas allés vérifier), l’affaire éclate deux mois après provoquant l’émoi dans le monde de la pédale. Du côté de keposport, on hésite entre « un de plus » et « sans déconner ? ».  D’ailleurs petite note à l’attention de l’UCI : essayez plutôt de trouver les quelques français pas dopés (oui c’est la seule explication que l’on a trouvé à leurs résultats passables), virez les et comme ça on se fait une compétition avec tout le monde à égalité. Bon, comme souvent dans ces cas là, le cycliste nous offre le couplet à rendre jalouse Alizée, c’est pas sa faute à lui. Mais comme c’est un champion, il va trouver l’excuse championne, le genre de déclaration à graver dans la roche. Il a dû comme nous faire un petit tour sur Wikipedia, et explique donc qu’il a mangé un steak de cheval contaminé. Ouais le mec mange du cheval de course, normal. Troublée par toutes ces zones d’ombres, l’équipe de keposport a voulu faire la lumière sur cette affaire. Entre concombres et steaks, les espagnols nous prouvent qu’ils sont les rois de la gastronomie, enquête culinaire à haut risque !

Affalé dans mon canapé, j’apprends la nouvelle dans la rubrique Sports de I Télé. Par chance, le JT repasse en boucle, et je regarde à nouveau l’information pour en être vraiment certain. Ce qui implique donc une nouvelle demi-heure au fond du sofa, mais on ne blague pas avec ce genre de dépêche. Bon le journaliste est formel, Contador aurait été contaminé en ingérant un steak. Et un steak qui fait gagner le Tour de France, évidemment ça m’intéresse.  Ni une, ni deux j’enfourche mon VTT, et fonce montre en main vers la supérette du coin. 10 minutes et des auréoles sous les bras plus tard, me voici donc au rayon boucherie-charcuterie, coincé derrière une retraitée qui semble apprécier modérément l’odeur qui émane de moi. Après qu’elle ait commandé à peu près tout ce que l’on pouvait trouver en vitrine, et plus encore, c’est enfin à moi.

 « Bonjour, je voudrais un steak aux anabolisants. »

 Moue dubitative de l’honnête commerçant, persuadé que je viens encore lui demander de la viande égorgée le lundi matin, orientée sud-ouest par 23°C et m’indique du doigt le rayon viande kacher.

 « Non, juste un steak espagnol. Vous avez ça ? Non. Bon, un steak de cheval alors ? »

 A ma troisième tentative je fais mouche, et après le traditionnel « il y en a un peu plus, je vous le mets ? Beh oui, de toute façon c’est moi qui paye le supplément. », me voici enfin en possession du graal. C’est du moins ce que je pensais. Excité par la probable découverte que je viens de faire, j’avale la viande crue d’une seule traite, et repart sans attendre. Sans compter les deux arrêts pour vomir mes tripes maltraitées par les 300g de barbaque fraiche, j’atteins mon domicile en 15 minutes. Certainement la provenance.

 Pas découragé pour autant, je réfléchis rapidement à la suite des opérations. Il est temps de s’impliquer davantage dans cette enquête, d’aller sur le terrain. Profitant de la proximité géographique, je me rends directement en Espagne où j’espère également pouvoir profiter de ma maitrise approximative de la langue. Je vous retranscris donc tout ça pêle-mêle, en V.O comme disent les ricains.

 M’y voilà donc, au pays du jambon Serrano, et autres concombres bioniques. Je cherche et recherche à travers la ville puis aperçois une boutique remplie de rôtis et gigots. Plein de confiance, je pousse la porte de l’échoppe, persuadé d’y trouver mon bonheur.

 ”Ola, estoy buscando uno steak. Uno steak de caballero.”Encore une fois, le bonhomme derrière son comptoir me dévisage d’un air inquiet. Comment je pouvais savoir moi que caballero ça veut dire monsieur et pas cheval ? Après avoir mimé plutôt bien l’animal, hennissements compris, le boucher s’illumine et pointe du doigt ce qui ressemble étrangement au morceau que j’ai avalé récemment.

 “Si, pero uno steak para ser muy fuerte. Como Contador.” Bon c’est officiel, il me prend pour un décérébré, accent ou pas. Il m’explique, du moins je crois, que ce steak contient tout ce qu’il me faut. Le plus dur sera ensuite de lui demander de me le cuire, mais j’obtiens satisfaction, rassurant certainement un peu plus cet homme sur ses aprioris sur les français. Etrangement, le goût est bien meilleur, et mon estomac semble reconnaissant. C’est bon signe.

 Une fois hors de la boutique, je me mets en quête d’una bicicleta. C’est peu dire que ça ne coure pas les rues, mais un gamin, quelque peu sous la contrainte, accepte de me prêter son deux-roues. L’expérience est brève et encore une fois décourageante.  La seule pente qui borde le village a suffi à me faire comprendre qu’encore une fois ce steak n’allait pas m’aider.Certainement le cheval.

Je ne baisse pas les bras pour autant, et dans un moyen de transport un peu plus raisonnable (à moteur) j’arpente le pays à la recherche de ma destination ultime. Alberto a fait comme moi des recherches Wikipedia. Et il y a donc lu que ce produit, la clenbutérol, sert à l’origine à soigner les chevaux de course. Voilà donc ce que je cherche, un canasson de compète, du genre de ceux que l’on voit sur Equidia, Belle du désert et autre Rosée du matin, qui dans l’ordre rapporte le pactole.  Un hippodrome, hipodromo tout simplement. L’endroit est très fréquenté et je devrais rapidement trouver mon bonheur. Je me ballade et en profite pour visiter les locaux par la même occasion. C’est bien foutu, propre, des gradins, jusqu’aux écuries. Un mec semble me dire que je n’ai rien à faire là, et puisqu’il n’y a aucun cheval par ici, je m’exécute. Mais où est-ce qu’ils ont bien pu les mettre leurs chevaux de course espagnols ?

Je remonte dans les tribunes et les aperçois enfin, tous parqués derrière des grilles en ferraille, avec sur le dos des mecs en tenues bariolées. Je descends donc vers ce qu’on appellerait des starting blocks, et me fraye un chemin jusqu’au numéro 14. Un belle bête, surement de celles qui font grimper le Ventoux en 4 minutes et 42 secondes. Peu habitué à ce genre de pratique, mais bien décidé à mener mon enquête jusqu’au bout, je prends une grande inspiration et croque à pleines dents dans la fesse de l’étalon qui n’apprécie que très peu mon idée. Les autorités espagnoles non plus apparemment puisque quelques heures après l’incident, je me vois renvoyé manu militari à la frontière sans pouvoir tester les effets de mon casse-croûte équestre.

Me revoilà donc, affalé dans mon canapé, sans avoir réellement avancé. J’ai mangé du steak de cheval, du steak de cheval espagnol, du steak de cheval de course espagnol même, mais aucune amélioration notable de mes performances physiques. Je ne comprends pas, c’est pourtant pas sorcier, ce n’est qu’un bout de viande avec un peu de médicaments. Ah mais le voilà l’élément manquant. Rapidement, je fouille ma pharmacie, et entre sirops périmés et morceaux de pansements, je trouve une plaquette de comprimés pour le rhume. Réduits en poudre pour assaisonner un steak haché cuit à point, 2 minutes pour chaque face, la préparation semble parfaite. A moi les ascensions fulgurantes et les sprints rageurs ! Bon le truc était tellement bon que j’ai tout avalé. Puis je me suis évanoui. Et si Alberto nous avait simplement raconté des cracks ?

 

S.K.