Il faut avouer que je suis un homme qui n’a pas le sens du timing. C’est dit, alors que le match est diffusé sur France 2, je me retrouve au stade avec la pluie et le froid. Si ce n’est pas de la conscience professionnelle, je ne sais pas ce qu’il vous faut. Une fois que ceci est clair pour tout le monde, passons aux choses sérieuses.
Comme le temps est aussi pourri que le niveau de jeu du Stade en ce moment, il fallait bien se démerder pour passer quand même une bonne journée. C’est donc à 13h que je me retrouve au graillon d’avant-match pour partager un repas des plus frugal avec les personnes qui m’accompagnent. La toile dépliée au dessus de la voiture, la table posée au sol, nous engloutissons charcuterie et autres joyeuseries non diététiques. C’est qu’avec un peu de bol, s’il ne fait pas trop froid et avec le ventre bien plein, je pourrais presque faire une petite sieste dans les gradins si l’envie se fait trop ressentir. Pour donner du piment au match, on propose d’aller galoper dans le plus simple appareil sur la pelouse au milieu du match, autrement dit, faire le “sneakers”, en anglais dans le texte.



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Autant dire que les résolutions du nouvel an se sont noyées dans le pinard.


Après un repas d’environ deux heures et après avoir fini la bouteille de rouge “pour la route”, il est temps de se rapatrier vers le stade Ernest Wallon, 200 mètres plus loin, et de redonner vie à mes pieds cryogénisés depuis une bonne demi-heure.

Nous passons l’entrée et dans la foule se pressant pour rejoindre ses places, je distingue deux hommes, plus épais que la normale. En effet, deux joueurs du Benetton se baladaient en touristes dans les travées du Wallon, se dirigeant vers la boutique, sûrement pour ramener un t-shirt ou une photo dédicacée de Luke Burgess. Ce sera peut-être la seule chose palpitante qu’ils feront de leur soirée. Nous rejoignons nos places, et c’est ici que le spectacle commence.

Tout d’abord, parlons du speaker qui fait les annonces d’avant match. Je voudrais profiter de ce moment pour lui répondre : NON je ne ferai pas une ovation à chaque joueur ! Manquerai plus que ça tiens. D’autant plus quand on voit la compo de Toulouse (parce qu’à vrai dire, celle de Trévise, tout le monde s’en tamponne le coquillard). Si en ce moment ce sont les soldes partout en France, à Toulouse c’est l’heure du vide-grenier. On décide de faire jouer ceux qui sont le plus à même de nous faire faire une “Biarritz”, c’est à dire, pommer lamentablement contre des italiens déjà éliminés avant même de commencer la compétition. Un peu de tenue les mecs, si Blanco a bien voulu prêter son club italien, faut pas le décevoir ! C’est ainsi que Botha, Burgess et Jauzion sont titulaires. On ressort aussi des objets trop usés ou encore dans leur emballage, Lamboley et Kakovin. La pluie commence à tomber, et là je sens que le match va être long.
Petite précision, de ma place je suis entouré de supporters “clichés” : à ma droite, l’ancien qui râle contre un truc qu’il a même pas vu et devant nous deux groupies de 15 ans capables de fendre un tympan dès que Vincent Clerc touche un ballon. Heureusement qu’on avait des gens sympas à notre gauche.

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Grâce aux nouveaux tarifs du Stade, nous avons eu accès à des places de choix...

 

Volontairement, j’essayerai de passer rapidement sur les détails du match.


Dès l’entame, mes craintes se confirment. Le match va être long. Toulouse encaisse une première pénalité sur une incursion italienne. C’est alors que le show Botha-Burgess commence. Le premier décide d’envoyer de véritables ovnis à ses sauteurs, qui déprimés de voir le ballon leur passer au dessus d’un bon mètre, ne font même plus l’effort de faire des sauts corrects. Chaque touche est un ballon rendu aux italiens. Mais juste pour m’emmerder, le talonneur palmipède marque un essai après moultes mêlées ultra-dominatrices, seul gros point de satisfaction de l’après-midi.
Sur mon siège, je guette Poitrenaud dos à nous qui scrute ce qu’il se passe sur le terrain, prêt à intervenir. Je tremble sur chaque ballon haut, entre mon âme de supporter toulousain qui souhaite voir quelques mouvements décents, et l’envie de voir une Poitrenade en direct live sous mes yeux. Il faut avouer qu’il a été très solide sous les ballons hauts. Pour me remonter le moral, Burgess envoie un parpaing digne du trophée Gédimat dans les chaussettes de McAlister, qui décide d’envoyer Papi Jauzy au casse-pipe. Celui ci perd le ballon, et offre le ballon de contre aux italiens avec un raffût sur Clerc en cadeau bonus. Une pénalité plus loin et Trévise mène 8-7.

Au bout d’une bonne vingtaine de minutes, Botha réussit enfin une touche, et le public derrière moi, ivre de joie, crie son soulagement par un “AAAAH”. Cela contraste pas mal avec les ados prépubères qui s’extasient devant Yohann ‘Petrol Hann’ Huget. Après une session de mêlée, Wayne Barnes refuse de faire rentrer “De Pénalité” sur le terrain mais Albacete aplatit quand même pour redonner l’avantage aux siens. Trévise n’abandonne pas, et à la mi-temps on se retrouve avec un 14-14 et je me demande pourquoi j’ai pas pris des places pour un autre match.

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Impatients, les remplaçants italiens souhaitent eux aussi voir la Poitrenade qu’ils ont observé à la séance vidéo.


Voyant venir le spectre de la défaite, Novès fait rentrer Tolofua et Steenkamp. La première ligne italienne qui s’est inscrite au Pôle Emploi à la mi-temps, songe désormais à écrire son épitaphe. Une première ligne toute neuve rentre alors, le temps pour le pilier avec son maillot tout propre de prendre un carton jaune. Il faut donc bien que le titulaire rerentre pour que Shrek finisse de le digérer. Pour le coaching à l’italienne, on repassera. Le Stade entame bien sa seconde mi-temps, et après un ballon sorti par Burgess en 47 secondes, McAlister ne sachant plus quoi faire et désemparé par la vivacité de son 9, décide de soigner les stats de Clerc en lui faisant une passe au pied sur l’aile. Ce dernier peut s’écrouler dans l’en-but et rêver d’être homme du match pour son action décisive.

Comme finalement un italien c’est nul au rugby, le buteur décide de manquer ses pénalités à 25 mètres des poteaux. Ils permettent aussi à Albacete de remplacer Jauzion au centre et l’argentin se paye une percée de 30 mètres, le ballon est libéré (miracle !) jusqu’à Fritz après une passe sautée de McAlister. Bonus acquis. Pour couronner le tout, notre président Fritz est nommé capitaine après la sortie de Nyanga. Je crie “Fritz Président” dans les tribunes, mais personne ne réagit. C’est aussi ça être envoyé spécial chez Keposport.
La fin du match est un condensé de contresens rugbystiques, Picamoles fait des en-avants, lance en touche et fait des passes dans la gueule de ses collègues. Trévise n’est pas en reste faisant la démo d’une superbe passe au pied directement sur Albacete placé à l’aile. Tolofua se permet un placage à la carotide pour conclure ce spectacle digne des cirques Bouglione. Huget marque à la sirène, mais on s’en fout. Fin du match, merci, de rien, au revoir m’sieur dame.


Cela dit, ma soirée n’est pas finie. Grâce à des techniques peu recommandables, nous avons accès à la réception d’après-match. Cette expérience restera  comme celle de mon ascencion sociale pour environ deux heures.
Déjà, il fait chaud, un luxe. Mais quel spectacle mes aïeux. Il faut reconnaître qu’à Toulouse, ils ont le sens du recrutement. Pour commencer, les hôtesses n’étaient pas en libre service au contraire de la nourriture et des boissons. C’est très dommage, je décide donc de me rabattre sur les petits-fours et les canapés au magret. Pendant que je m'empiffre, je profite aussi du fait que la bière soit gratuite pour aller faire quelques allers-retours au bar. Les gens qui m’entourent ne sont pas les mêmes que dans les gradins. Ca discute business en sirotant du champagne, des gens osent mettre des chapeaux, ça fait péter les montres bling-bling. Bref, je goûte à la bourgeoisie toulousaine, et le pire, c’est que j’ai aimé.
Dans la salle, un coin est réservé aux officiels. J’ai donc pu voir Wayne Barnes et Mr Matheu manger ensemble, et probablement discuter boulot, afin de nous offrir un spectacle plus divertissant pour la fin de saison à n’en pas douter.

Le sésame permettant de relancer l'ascenseur social en France.


Malheureusement, il est temps de rentrer chez nous, la panse remplie et en se disant que si l’on doit revenir, au moins qu’il fasse beau.

F.M., envoyé spécial à prix discount

PS : J’ai pris des photos d’Ovalion dans des situations embarrassantes pour sa carrière, je les vend au plus offrant. Me contacter via le blog, Twitter ou la page Facebook.