Samedi soir, le glas a sonné pour les sujets de Sa Majesté. Enfin ceux en blanc, car pour les autres et pour une très grande partie de la planète rugby l’heure était plutôt à la fête. Pas que nous ayons une quelconque descendance australienne ni même un affect particulier pour les Aussies, au moins aussi arrogants que les anglais, mais c’est comme ça, voir les Rosbifs souffrir  a toujours provoqué un grand plaisir chez beaucoup de monde. Et pour le coup, quel pied ce week-end de les trouver hagards, éliminés de leur Coupe du Monde avant même le dernier match de poule. Plusieurs fois nous pensions avoir connu l’extase et chaque fois un nouvel évènement sportif vient placer la barre un peu plus haut. Voici un florilège de ce que l’on pensait plus jouissif qu’une élimination des Anglais, et en fait pas du tout:

 

Le bonheur des uns (la partie trop choupinou)

Le bandeau sur les yeux, l’odeur du camphre et des crampons restés trop longtemps dans le sac, ça nous cause. Mais on doit bien l’avouer, on est un peu de la raquette sur les bords. Alors quand Nicolas Escudé apporte le 1er mais surtout le 5ème point en finale de la Coupe Davis face à l’Australie ça nous dresse un peu … les poils.

D’ailleurs pour rester dans le domaine, il y a bien autre chose du côté de la balle jaune qui nous fait grimper la larme: bien sûr, le revers long de ligne de Richard Gasquet. Un bijou de finesse et de romantisme, un coup de fusil comme dirait Chamoulaud. On sait au fond de nous qu’il ne gagnera jamais de Grand Chelem mais lorsqu’on aperçoit cette fulgurance, on se reprend chaque fois à y croire.

Vous vous demandiez quand est-ce que nous allions en parler, et bien voilà. La victoire de la France lors du Mondial de football 98 c’est quand même quelque chose en termes d’émotion sportive. Oui c’est la facilité, mais on fait ce qu’on veut d’abord ! Puis en Juillet, on avait autour du cou le collier de Zidane ou Lizarazu qu’on avait gagné dans les paquets de Frosties, et on a quand même vécu une belle soirée.

Alors évidemment il y a les belles épopées, les grandes victoires pour nous faire vibrer mais parfois, un geste simple suffit à nous mettre en émoi. Pour nous, situation géographique oblige, ce fut souvent une charge d’Isitolo Maka. Une fois lancé, Isitolo percutait ses adversaires comme des quilles, et nous a fait pousser nos premiers “Ooouuuuh!”. Afin de mieux comprendre, sachez que le garçon qui lui sert de paillasson dans l’extrait vidéo s’appelle Serge Betsen, surnommé La Faucheuse...

Si l’on reste en Ovalie, il y a bien un titre qui nous a fait hurler devant notre écran de par son importance. A défaut de victoire bleue en Coupe du Monde, c’est pour nous toulousains, la Coupe d’Europe 96. Califano et consorts remportent la première édition après un match assez fou et embrasent pour la première fois la Place du Capitole, et nos petits coeurs de supporters par la même occasion.

 

Le malheur des autres (la vraie source de bonheur, la souffrance d’autrui)

Oui c’est moche de se réjouir de la tristesse de quelques uns mais on l’a tous fait samedi soir. Et en matière de loose il y en a qui en connaissent un rayon. Bien sûr on veut parler de Clermont qui se vautre inexorablement en finale chaque année et on doit l’avouer, chaque année ça nous fait marrer.

D’ailleurs tant qu’on est chez les Auvergnats, il faut dire que leur chef de file, Morgan Parra nous pousse un peu à leur en vouloir. Alors quand en 2011, il se fait molester par les All Blacks, on a eu du mal à retenir un petit sourire. Sauf qu’on n’aime pas plus McCaw ce qui a provoqué chez nous un sentiment très bizarre entre joie et agacement.

Par contre, il y en a un pour qui nous n’avons eu aucun remord à le voir se faire maltraiter, c’est évidemment Chris Ashton. Suffisant, pédant, l’ailier anglais a un jour un peu trop titillé Manu Tuilagi qui s’est décidé à lui laisser un petit autographe. Résultat, on se repasse la vidéo en boucle avec toujours le même bonheur.

Dans les plaisirs un peu coupable, mais pourtant bien agréables, il en est un que tout amateur de rugby affectionne. Elégante et subtile, nous parlons bien sûr de la cravate tongienne. Bien exécutée par des professionnels, celle que l’on appelle vulgairement “le coup de la corde à linge” réveille chez nous nos bas instincts et nous fait quand même bien marrer.

Bon et puisqu’on en est à se réjouir du malheur des autres. Est-ce que ce n’est pas un peu pénible de voir quelqu’un tout gagner et en plus s’en vanter ? Et est-ce que ce n’est pas encore plus agréable de le voir vivre une tragédie ? Si oui, alors le Brésil qui prend une peignée à la maison lors de la Coupe du Monde 2014 fut certainement un des moments les plus plaisants à voir pour tous les amateurs de football.